Du dessin à l'écriture
Les petits enfants dessinent, puis un jour ils entrent à l'école et apprennent à écrire. C'est en tous cas de cette façon que nous imaginons les choses. Il est certes vrai que c'est bien à l'âge de l'entrée en scolarité que le développement mental est suffisant pour gérer la complexité des principes de l'écriture. Mais nous sommes là en présence d'un fait social, ce qui signifie que son avènement dépend autant des contraintes internes qu'externes. En d'autres termes, les interactions sociales entres les enfants vont jouer un rôle que l'apprentissage scolaire institutionnalisé semble avoir masqué.
Pour ce qui me concerne, j’ai découvert le phénomène
presque fortuitement, dans le cadre de ma classe d’initiation musicale, durant
« l’arrêt de dessin » permettant relâche et détente après les
activités de rythmes, de chant et de danses.
J'ai ainsi vu la source de la mise en route du mécanisme d'appropriation de
l'écriture. Voici.
Les enfants sont autour de la table, dessinent et bavardent en même temps. Les
plus grands, leur dessin terminé, y inscrivent leur prénom, exigence liée à
la vie préscolaire et scolaire. Les plus petits, avides de toutes les
manifestations de l’interaction sociale qu’ils découvrent, souscrivent sans
hésiter à ce qui leur apparaît comme part d’un rituel.
Disons
immédiatement que les enfants font des choses surprenantes, en tous cas
elles nous apparaissent comme telles car nous serions en peine d’en faire de mêmes !
Ainsi, la simplicité apparente avec laquelle ils écrivent dans les deux sens nous laisse pantois. Il s’agit en
l’occurrence du tracé de leur prénom, et à une période bien délimitée de
leur vie, mais il n’empêche que lorsque nous le découvrons, nous pensons
tous avoir à faire à une manifestation du génie : cela ne nous évoque-t-il
pas Léonard de Vinci et ses carnets
secrets ?
J'ai choisi d'appeler ce préécriture ce voyage du dessin vers l'écriture. En effet, ce n'est pendant longtemps pas de l'écriture, le système de combinatoire d'éléments discrets et non-motivés n'étant évidemment pas à la portée de la pensée concrète des petits.
Ce qui est présenté ici est la succession de ce que, comme parent ou comme enseignant, vous pouvez observer entre 3 et 6 ans.